Intervention

 

 

 

 

 

Jean CHAPPELLET

Directeur régional des Affaires Sanitaires et Sociales
Représentant Jean-François MATTEI, ministre de la Santé, de la famille et des Personnes Handicapées
 

 

Bonjour Mesdames et Messieurs. Je voudrais d’abord excuser l’absence aujourd’hui de Monsieur Mattéi, Ministre de la Santé, de la Famille et des Personnes Handicapées, retenu par son emploi du temps ministériel. Bien entendu, je suis certain que vous n’y verrez pas une marque de désintérêt. Le patronage qu’il a accordé à la journée et le label « Année Européenne », témoigne de son intérêt pour votre manifestation. Je suis un peu dans le même cas que Monsieur Duto. Je m’étais longuement interrogé sur ce thème « éthique de la dépense publique » et je m’apprêtais à vous dire quel était le rôle de l’Etat en ce domaine. Et puis les interventions que j’ai pu entendre en arrivant vont me conduire aussi à rééquilibrer mon propos.

Je crois que je ne peux pas ne pas vous parler du projet de réforme de la loi 1975. De même que Monsieur Duto a montré l’intérêt d’un Conseil Général pour les personnes handicapées, je crois que l’Etat, au plan national, départemental, régional, a aussi pour les handicapés une préoccupation essentielle.

D’abord, parce que je dirais que c’est de son essence même que de s’occuper, lorsqu’on est représentant de l’Etat, de l’égalité entre citoyens, et ceci en tout point du territoire, quel que soient les citoyens, quelle que soit leur situation sociale ou leur situation en matière de santé. De même que l’Etat a une attention particulière pour les plus démunis, en leur constituant un socle de droits avec le RMI, de même, pour les personnes handicapées, c’est un souci qui est très ancien et c’est un souci qui a été fortement formalisé par notre première grande loi, celle de 1975, la grande loi sur l’orientation en faveurs des personnes handicapées.

La France se situe dans un contexte européen, et je crois que c’est important de le souligner. L’objectif majeur de la politique du handicap, menée en France, est de prohiber toute forme de discriminations, quelles qu’elles soient, en faveurs des handicapés. Et c’est dans ce sens que la France a adhérée à un certain nombre de textes internationaux ou européens, et participe à cette année des handicapés.

Je crois qu’il faut avoir présent à l’esprit, que tout ce qui est fait en matière de prise en charge des handicapés, relève d’un des grands principes de la République, celui de l’égalité. C’est l’égalité qui fait que l’Etat se préoccupe de la situation des handicapés, autrement dit, l’égalité des chances. Et c’est en ce sens également, que les personnes handicapées sont une préoccupation du quinquennat du Président de la République.

Alors pour nous, représentants de l’Etat, que nous soyons au plan local ou national, notre grande interrogation est, comment peut-on arriver à transformer la société en démocratie du partage, pour que les personnes handicapées y trouvent une place équitable, que ce soit en matière de scolarité, de ressources, de travail.

Nous vivons sous l’emprise de cette grande loi 1975, qui est importante parce qu’elle a créé une obligation nationale de solidarité. Cette grande loi a été intégrée dans toutes les lois sectorielles, qu’il s’agisse de la loi sur l’orientation, de l’éducation, en matière d’emploi. Mais il faut bien avoir présent à l’esprit que le contexte évolue.

 

On a traduit cette loi 1975 dans différents codes, mais il y a une loi début 2002, qui a posé le principe pour le handicap d’un droit à compensation. Et ça, c’est de nature à répondre à un certain nombre des interventions qu’il a pu y avoir aujourd’hui. Pourquoi est-ce qu’on bouge dans le domaine du handicap ? Parce que cette loi 1975 a beaucoup vieilli. J’aurais pu vous citer l’effort financier qui est fait en faveurs du handicap en France. C’est important, en terme de PIB, ça représente presque 2%, mais ça ne veut rien dire, dans la mesure où financer c’est relativement simple par rapport à ce grand défi qui est l’égalité des chances.

Et toutes les manifestations que j’ai pu suivre, dans le cadre de cette année européenne, montrent bien qu’en France, par rapport à d’autres pays, on est sans doute très au point pour prendre en charge le handicap de façon spécialisée par des MAS, des foyers, par des instituts pour l’enfance. Mais on est peut être un peu moins bon pour intégrer l’handicapé dans la cité. Et je crois que ça sera une grande découverte pour nous, pour ces années européennes. Je crois également que cette loi 1975, il faut la refaire. Non pas parce qu’elle n’est pas bonne, mais parce que le contexte a évolué. On a coutume de dire que nos lois Sanitaires et Sociales sont le résultat d’un changement de contexte, et du travail des associations et des intéressés. C’est en quelque sorte, pour tous, une notion relative, qui interroge nos normes sociales. Le handicap d’une personne n’est pas celui d’une autre. Et lorsque l’environnement évolue, la notion de handicap évolue également. Depuis 1975, il y a eu un certain nombre de modifications en matière de sciences, techniques. On a évolué. Il y a des découvertes qui ont été faites en matière de handicap. Les aides techniques ont fortement évolué. Et un troisième élément qui est fondamental : les handicapés ont maintenant des exigences d’autonomie, des exigences de participation, eux-mêmes directement ou par leur famille. C’est quelque chose qu’il faut entendre, faute de quoi une politique passera à côté du but recherché. C’est très clair et très net, et ça interroge parfois nos institutions qui ont un peu de peine, surtout lorsqu’elles sont plutôt Sanitaires, à mettre le handicapé au centre du projet.

Et puis, vous l’avez dit à plusieurs reprises, il y a des insuffisances de prise en charge. J’en ajouterais même deux : ces jeunes qui sont tantôt pris en charge par la PJJ, tantôt pris en charge par les départements, par la psychiatrie, par les instituts de rééducation. Ce sont des personnes pour lesquelles, il n’y a pas de réelle prise en charge. Ces jeunes qui sont IME, jusqu’à 20 ans, et qui retournent à domicile sont sans prise en charge. C’est encore un problème à régler et je crois qu’on pourrait avoir également à l’esprit, les malades mentaux…

Le monde évolue, et parce qu’il y a des demandes qui étaient même impensables il y a 20 ans.

Donc, je le classe dans la rubrique « droit à l’autonomie ». Cela me permet de revenir sur ce terme d’économie et de prix de journée. C’est un abus qui est sans doute le bienvenu parce que je crois qu’on part parfois avec l’idée, dès lors que l’on fera du maintien à domicile, on aura des prises en charge plus économiques. Je crois que la question n’est pas là. J’ai souvent vu des prises en charge à domicile qui coûtent à la collectivité, au sens large, plus cher que des prises en charge en institutions. Et je crois, que ce qui est à privilégier dans le cas particulier, c’est davantage le souci du bien-être de l’intéressé, que le souci des finances publiques. Et en général, ce sont des prises en charge coûteuses quoi qu’on en pense.

« droit à l’autonomie », ce qui signifie qu’il y a une obligation de la société pour faire en sorte que la personne handicapée soit intégrée dans la ville, soit intégrée dans l’emploi, dans l’éducation. Et puis également, ce que j’appellerai « une compensation politique » et puis, « une compensation individuelle » car c’est à la fois une compensation par les aides techniques humaines, et une compensation financière. Je crois que les deux, si elles peuvent être séparées, participent à cette grande idée de compensation.

Le projet de loi, je ne serai pas très bavard dessus parce que je crois que vous le connaissez. Il y a des dispositions sur la compensation, sur l’accessibilité et sur le dispositif institutionnel. En matière de compensation politique ou d’accessibilité, je prendrai un exemple pour illustrer l’évolution et pour dire qu’on est en face d’une prise en charge tout à fait nouvelle du handicap.

C’est celui de l’éducation. Jusqu’à présent, on a bien inscrit dans la loi de 1975, celle de 1989 sur l’orientation scolaire, deux dispositifs voisins. Mais la pédagogie relève tantôt de l’Education Nationale, tantôt du dispositif médico-social. Je crois qu’il y a une disposition importante dans cette future loi, qui consiste à dire : si on veut intégrer, il faut que le handicap soit pris en charge par les dispositifs de droit commun. De sorte que, ce qui relève de la pédagogie sera maintenant du ressort du service public de l’éducation, ce qui relève de l’accompagnement médico-éducatif sera du ressort du secteur médico-social. Voyez le changement que cela peut signifier, jusqu’à la disparition du terme d’éducation spéciale. Car je crois, qu’il faut arriver à cette prise en charge de droit commun. Je pourrai multiplier les exemples sur ce plan là, mais on est bien en face d’une nouvelle évolution dans le sens d’une non discrimination et d’une égalité des chances, de l’application d’un principe républicain.

De même, je crois qu’en matière de droit à compensation, il y a une évolution qui se dessine. Non pas en fonction des ressources, mais en fonction du handicap. La compensation du handicap, le droit à la compensation du handicap, c’est bien la reconnaissance de la nécessité d’apporter un dispositif spécial pour compenser ce handicap social.

Et puis, je crois que si je dois parler de cette loi, il faut que, également, je mette en exergue le fait qu’un projet pour le handicap, on ne le fait plus sans tenir compte du point de vue de la personne handicapée. Et la notion de projet individualisé à partir d’une évaluation de ses possibilités est le point central de tout projet de prise en charge d’une personne handicapée, qu’elle soit par la suite prise en charge en établissement ou à domicile.

Voilà les quelques points sur lesquels je voulais insister, en réorientant mon propos sur ce que j’ai entendu. Je voudrais insister sur le fait que j’ai noté, que dans certains cas on avait tendance à faire des prises en charge, plus en fonction d’un projet d’établissement que d’un projet individualisé par la personne handicapée.

Je crois que toutes nos lois vont maintenant dans le même sens, que ce soit la loi 2002 sur les institutions médico-sociales, ou la future loi ; Il faut partir des besoins des personnes elles-mêmes et construire autour de leurs attentes, priorités et possibilités, un projet individualisé. Cela est un projet assez complexe quant il s’agit d’institutions, de planification. Mais je crois que c’est la seule façon de répondre à ce pourquoi on a mis en place ce dispositif, que l’on soit dans les collectivités locales, responsables de l’Etat, responsables de l’assurance maladie ou gestionnaires d’établissement.

C’est d’abord des besoins de la personne qu’il faut partir.

Je vous remercie.

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